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La parentification: quand les rôles s’inversent…

La parentification

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La parentification, aussi connu sous le terme de parentalisation, enfant thérapeute, enfant confident, enfant béquille, autant de qualificatifs pour désigner une relation toxique, un mécanisme inconscient qui révèle chez le parents des traumatismes non surmontés et qui amène l’enfant à sortir prématurément de l’insouciance.

Nous allons découvrir ensemble ce qu’est la parentification et comment s’en sortir ? 

 

 

Définition de la parentification

Lorsqu’un enfant vient au monde, il reçoit de l’affection, de l’amour et de la tendresse de la part de ses parents. Au-delà de toutes ces marques d’attention qu’il absorbe comme une éponge, l’enfant éprouve un besoin de rendre l’appareil et de donner à son tour. Quand il perçoit un mal être chez l’un de ses parents, il va essayer de tout mettre en œuvre pour lui venir en aide. Cette relation est tout à fait normale et constitue un des points de l’équilibre familial. 

Cependant, il arrive que le parent soit fragilisé. Il peut s’agir d’une fragilité physique liée à une maladie, de problèmes d’addiction ou bien encore d’une fragilité psychologique liée à la solitude, un deuil, une dépression, au chômage, ou l’absence du soutien du conjoint. Cette fragilité peut également apparaître dans des familles monoparentales comme dans les familles nombreuses.. etc. 

Ce parent fragilisé éprouve éventuellement des attentes insatisfaites, des carences affectives profondes, des besoins de reconnaissances non comblés, il va donc reporter le poids de ses blessures sur son enfant en espérant qu’il lui apporte ce qu’il lui manque et en émettant de façon totalement inconsciente et  implicite des signaux de détresse envers son enfant afin qu’il lui vienne en aide et qu’il le rassure. 

L’enfant se voit contraint de se détourner de ses préoccupations infantiles, de refouler ses propres besoins et fait preuve d’une maturité précoce, endosse des responsabilités plus importantes que ne le voudraient son âge pour s’adapter et prendre soin des besoins logistiques et ou émotionnels de son parent.

Cette relation complexe, où l’enfant devient en quelque sorte  le parent de son parent, où les rôles sont inversés, est qualifiée de parentification

La parentification est engendrée à la rencontre de deux facteurs : le premier facteur est le besoin du parent, le deuxième facteur est la sensibilité voire l’hypersensibilité de l’enfant. 

Le résultat possible de cette dynamique est que l’enfant se retrouve peu à peu enfermé dans un lien de dépendance dont il n’arrive pas à s’extraire. La peur d’abandonner son père ou sa mère face à ce contexte de faiblesse condamne l’enfant à tenter d’assumer un rôle qui n’est pas le sien. Sa mission devient interminable et vaine et il se retrouve constamment confronté à un adulte malheureux ou fragile. Ce reflet de la figure parentale le revoit constamment à un sentiment d’impuissance et de culpabilité. S’il a des frères et sœurs et qu’il est l’aîné, là encore, il prendra le rôle de parent vis-à-vis d’eux.

 

Les types de la parentification

Il existe deux types de parentifications : 

  1. La parentification dite instrumentalisée c’est lorsque l’enfant assume des responsabilités de type fonctionnel, exemple être le seul responsable des tâches ménagères, la prise en charge de la responsabilité des jeunes frères des sœurs …
  2.  La parentification dite émotionnelle : l’enfant devient quelque part le conseiller ou bien  le confident de son parent. Dans ce cas de figure, le parent fait part à son enfant de son insatisfaction de la vie, de son mariage, de son travail, de ses frustrations, de ses déceptions, de son dégoût de la vie.  il ou elle pleure souvent,  se plaint continuellement, passe peut-être sa journée à crier ou bien à dormir …etc

Un enfant est un enfant, son cerveau étant immature, il est préférable de le mettre à l’écart de certaines choses. Les parents ne se rendent pas compte à quel point l’enfant assimile et intériorise. Un parent peut trouver des choses très anodines, mais qui vont en réalité perturber l’enfant. Dans l’idéal, un parent doit affronter et endosser certaines choses seul, sans avoir à impliquer son enfant.

 

Conséquences sur l'enfant / futur adulte

Ce qu’on observe chez l’enfant, très rapidement devenu adulte, c’est que son accès aux jeux, au plaisir, à l’imagination lui a été retiré et il a beaucoup de mal à y revenir, s’octroyer du temps pour définir ses propres besoins. Il aura l’impression et la croyance que sa valeur dépend uniquement de ce qu’il fait pour satisfaire son parent et rendre ce dernier fier. Parallèlement, il va être amené à développer un fort sentiment de culpabilité face à un parent qui n’est jamais satisfait. Cette relation conduit progressivement l’enfant à perdre confiance en lui et à développer une mauvaise estime de soi. Cette situation va l’handicaper dans son accès à l’autonomie et va le placer dans un lien toxique de dépendance affective. On observe également chez eux des tendances dépressives, voire agressives et parfois même suicidaires. Ils peuvent notamment souffrir de troubles alimentaires.

On constate également qu’il s’agit souvent de personnalités qui ont une très mauvaise connaissance d’eux même, résultante naturelle d’un climat relationnel où ils ont toujours été niés et où leur personnalité n’a finalement pas pu s’exprimer en dehors du rôle de   » parentification  » . Cela se traduit très concrètement par des difficultés à définir leurs besoins, à connaître leurs limites, à savoir s’affirmer et dire non. Ces derniers ont la croyance qu’ils ne peuvent être aimés et appréciés qu’à condition de satisfaire les attentes des autres. Ils se rendent spontanément responsable de ce qui ne va pas. Ils sont en hypervigilance, capables de détecter intuitivement et naturellement les besoins de leur entourage et sont donc constamment occupés à résoudre les problèmes des autres, souffrant ainsi du syndrome du sauveur (voici également un lien d’une autre vidéo que j’ai faite qui développe le syndrome du sauveur). A cela s’ajoute un sentiment de ne pas avoir vécu son enfance, d’avoir un morceau du puzzle de sa vie manquant, de ne pas appartenir, d’avoir un problème d’identité et de ne pas être à sa place. 

 

Comment s'en sortir ?

Il ne s’agit pas de juger ou faire un procès aux parents. Ce sont des êtres humains qui font de leur mieux avec les moyens du bord. N’oublions pas qu’eux-mêmes ont été des enfants de leurs parents. 

En bref, ces parents ne sont pas forcément mauvais, mais force est de constater que leur immaturité émotionnelle les a empêchés de répondre au besoin d’amour et d’affection de leurs enfants. Le parent a souvent conscience de donner à son enfant un rôle d’adulte, mais il ne mesure pas vraiment ce qu’il fait, il n’a pas vraiment conscience de ce qu’il produit.

Par ailleurs, dans certaines familles, cette dynamique toxique existe et est ancrée depuis des générations. Elle est même acceptée et favorisée dans certaines cultures prétendant que c’est pour le bien de l’enfant.  De surcroît, les parents sont mis sur un piedestale et l’enfant à l’interdiction de leur en vouloir ou de leur dire non ou d’oser ne pas aller dans leur sens. En effet, il faut continuer à sacrifier ses besoins durant toute son existence, car il leur doit sa  vie, son bonheur, son temps, son succès ..  absolument tout. d’autant plus que le parent est toujours là à lui rappeler qu’il s’est sacrifié pour lui, qu’il l’a mis au monde, qu’il lui a offert un toit et de la nourriture et qu’il a veillé à ce qu’il ait une éducation. Donc il y a cette profonde culpabilité et ce sentiment de dette qui hantera cet enfant parentifié.   

Le but de cet article est de vous sensibiliser, de vous permettre de détecter la parentification, de la traiter afin qu’elle ne se perpétue pas surtout sur les générations à venir. Il est temps de dire STOP à cette relation toxique transgénérationnelle. 

Il est important de retenir que la parentification est une blessure invisible qui fait très mal. Avoir été parentifié peut expliquer quasiment tous tes maux. Il est nécessaire de comprendre ce que vous avez vécu à travers votre regard à vous, votre réalité et non pas ce que votre entourage a essayé de vous faire croire. En effet,  beaucoup d’adultes dans un effort de reconstituer le puzzle de leur vie demande des clarifications à leurs parents et ces derniers nient en bloc tous leurs souvenirs.

D’abord, vous avez besoin de vous réapproprier vos souvenirs et de vous  réapproprier votre histoire telle que vous l’avez vécue car oui c’est votre expérience, votre perception, vos émotions,  et non pas de celle de vos parents et peu importe ce qu’ils en pensent. C’était votre réalité, votre vécu,  vos sentiments et c’est primordial de pouvoir reconstituer cette réalité. Le but étant de valider en quelque sorte les sentiments de cet enfant que vous étiez et que vous portez  toujours en vous.

Durant ce processus de reconstitution, accueillez et acceptez toute cette culpabilité, cette colère, cette incompréhension, cette frustration, ce sentiment d’injustice, que tu vous allez ressentir. Accordez vous le droit de remettre en question la sacralité des parents et d’admettre qu’ils ne sont pas sacrés mais plutôt des êtres humains avec leurs qualités et défauts et qu’ils ont le droit à l’erreur, qu’ils ont essayé de faire au mieux avec les connaissances et les moyens en leurs possession.

Une fois ce travail de reconstitution achevé, vous comprendrez que c’est impossible de rattraper  le passé et ainsi commencer à faire le deuil de cette enfance idéale que vous n’aurez jamais. Puis, il sera nécessaire de guérir votre enfant intérieur.

Par la suite, viendra l’étape de déconstruction de votre conditionnement, de vos automatismes.

N’oubliez pas de faire preuve d’auto empathie, de vous parler avec bienveillance, comme si vous étiez votre meilleur ami, de transformer vos pensées négatives, votre autocritique en affirmations positives et en objectifs réalistes.

Je vous recommande de vous faire aider par un thérapeute. Lui seul saura vous accompagner à acquérir l’autonomie, l’indépendance, accepter de mettre des limites, développer une confiance en soi. C’est un long travail pour se défaire non seulement de cette emprise, mais aussi des convictions et des croyances qui y sont attachés.

Enfin je m’adresse à vous jeune parent et surtout à vous futur parent. Sachez que vous n’êtes pas obligé de reproduire le même schéma que vous avez connu, qu’il existe une autre façon de faire, bien meilleure,  bien plus épanouissante, et surtout plus saine. Si vous avez été parentifié, prenez le temps de faire un travail sur vous avant de fonder une famille. Ayez conscience qu’un enfant n’est pas une extension de vous-même, il ne vous appartient pas. Mettre au monde un enfant, c’est donner naissance à une nouvelle personne complètement indépendante. Votre rôle c’est de l’éduquer et de l’accompagner pour qu’il / elle devienne autonome et responsable de lui /elle-même. Ne comptez pas sur votre enfant pour guérir vos blessures et satisfaire vos attentes. 

Enfin qu’elle s’exerce par le biais de la thérapie ou tout autre outil permettant de faire le point sur sa relation parent/enfant, la reconnaissance de la parentification est essentielle.

 

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