La rechute en thérapie est-elle un échec ?
Lorsqu’une personne entreprend une démarche thérapeutique, elle imagine souvent le changement comme une progression simple et linéaire : comprendre son problème, décider d’agir, changer… puis aller mieux.
Pourtant, la réalité psychologique est souvent bien différente.
Beaucoup de personnes engagées dans un travail sur elles-mêmes vivent un moment particulièrement douloureux : la rechute.
Après des semaines ou des mois d’efforts, l’ancien comportement réapparaît :
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une addiction revient
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une relation toxique est reprise
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une compulsion réapparaît
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un schéma émotionnel se réactive
Et immédiatement surgissent des pensées difficiles :
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« J’ai échoué. »
-
« Je n’y arriverai jamais. »
-
« Tout ce travail n’a servi à rien. »
Pourtant, la recherche en psychologie montre une réalité beaucoup plus nuancée : dans de nombreux parcours thérapeutiques, la rechute fait partie du processus de changement.
Comprendre ce phénomène permet de transformer la rechute en levier de transformation plutôt qu’en preuve d’échec.
Le modèle scientifique du changement
Dans les années 1980, les psychologues James Prochaska et Carlo DiClemente ont développé un modèle devenu central en psychologie clinique : le modèle transthéorique du changement.
Ce modèle a été conçu pour comprendre comment les individus modifient un comportement problématique, notamment dans le domaine des addictions, mais il s’applique aujourd’hui à de nombreux domaines :
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dépendances
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troubles alimentaires
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anxiété
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comportements relationnels
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habitudes de vie
Leur travail fondateur a montré que le changement ne se produit pas en une seule décision.
Il s’agit plutôt d’un processus progressif, composé de plusieurs étapes successives.
Une idée essentielle du modèle est la suivante :
Le changement est rarement une ligne droite. Il ressemble davantage à une spirale.
Une personne peut passer plusieurs fois par certaines étapes avant que le changement ne devienne stable et durable.
Les étapes du changement : comprendre où vous vous situez
Le modèle décrit plusieurs étapes psychologiques qui jalonnent le parcours de transformation.
Chaque étape correspond à un niveau différent de prise de conscience et de motivation.
Comprendre ces étapes permet d’éviter une erreur fréquente : croire qu’une personne qui n’agit pas manque de volonté.
En réalité, elle se trouve peut-être simplement à une étape différente du processus de changement.
1. La précontemplation : l’absence de prise de conscience
La précontemplation est la première étape du processus.
À ce stade, l’individu n’identifie pas encore son comportement comme problématique.
Il peut minimiser les conséquences ou considérer que le changement n’est pas nécessaire.
Par exemple :
Caroline consomme régulièrement beaucoup de sucreries. Son entourage s’inquiète pour sa santé, mais elle répond :
« Ce n’est pas si grave. Tout le monde mange du sucre. »
Dans cette phase, la motivation au changement est très faible.
2. La contemplation : l’ambivalence face au changement
Lorsque la personne commence à reconnaître l’existence d’un problème, elle entre dans la phase de contemplation.
Cette étape est caractérisée par l’ambivalence.
La personne voit les inconvénients de son comportement, mais elle n’est pas encore prête à le modifier.
Elle se trouve dans une forme de dialogue intérieur :
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« Je sais que ce n’est pas bon pour moi… »
-
« Mais en même temps, cela m’aide à tenir. »
Cette phase peut être comparée à une balance psychologique.
D’un côté :
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l’envie d’aller mieux
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la conscience du problème
De l’autre :
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la peur de changer
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l’attachement aux habitudes
La contemplation peut durer longtemps, car la personne oscille entre désir de changement et résistance intérieure.
3. La détermination : la décision de changer
La détermination, parfois appelée phase de préparation, correspond à un moment charnière.
La personne commence à se dire :
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« Il faut que je change. »
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« Je veux faire quelque chose pour aller mieux. »
Elle peut alors :
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rechercher des informations
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consulter un professionnel
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fixer une date de changement
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imaginer des stratégies
Cette phase constitue une véritable fenêtre d’opportunité thérapeutique.
Si la motivation est soutenue au bon moment, elle peut conduire à l’étape suivante : l’action.
4. L’action : le changement devient concret
Dans la phase d’action, la personne commence à modifier activement son comportement.
Par exemple :
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arrêter de fumer
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réduire sa consommation d’alcool
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mettre fin à une relation destructrice
-
changer ses habitudes alimentaires
-
commencer une psychothérapie
Cette phase demande beaucoup d’énergie psychique, car l’individu doit lutter contre des habitudes parfois installées depuis des années.
C’est souvent à ce moment que la personne décide de se faire accompagner par un thérapeute, notamment dans des approches comme les thérapies cognitives et comportementales.
Cependant, l’action ne garantit pas encore la stabilité du changement.
5. Le maintien : stabiliser les nouveaux comportements
Lorsque les nouvelles habitudes sont installées, l’objectif devient de les maintenir dans le temps.
Le maintien consiste à intégrer progressivement les nouveaux comportements dans le quotidien.
Cela peut impliquer :
-
éviter certaines situations à risque
-
développer de nouvelles stratégies de gestion du stress
-
renforcer la confiance en soi
-
consolider les nouvelles routines
Mais cette phase reste fragile.
Les anciennes habitudes peuvent parfois réapparaître, notamment lors de périodes de vulnérabilité émotionnelle.
C’est à ce moment que la rechute peut survenir.
La rechute : un moment clé du processus de changement
Contrairement à une idée très répandue, la rechute n’est pas nécessairement un échec thérapeutique.
Dans le modèle de Prochaska et DiClemente, la rechute est considérée comme une étape possible du processus de changement.
Elle survient souvent lorsque l’individu tente de modifier un comportement profondément enraciné.
Par exemple :
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reprendre une consommation après une période d’arrêt
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retourner dans une relation toxique
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céder à une compulsion que l’on pensait avoir dépassée
La rechute peut provoquer un sentiment de honte ou de découragement.
Pourtant, dans un cadre thérapeutique, elle constitue souvent une source d’information extrêmement précieuse.
Elle permet d’identifier :
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les situations déclenchantes
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les émotions difficiles
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les pensées automatiques
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les stratégies encore insuffisantes
Ainsi, la rechute devient un moment d’apprentissage et d’ajustement.
Exemple
Pour comprendre ce processus, imaginez un enfant qui apprend à faire du vélo.
Il tombe.
Puis il se relève.
Puis il tombe encore.
Si chaque chute était interprétée comme un échec définitif, personne n’apprendrait jamais à faire du vélo.
En réalité, chaque chute permet :
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d’ajuster l’équilibre
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de comprendre les erreurs
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de renforcer les compétences
La rechute fonctionne souvent de la même manière dans le travail thérapeutique.
Le dégagement : lorsque le changement devient naturel
La dernière étape du processus correspond à ce que certains auteurs appellent le dégagement.
À ce stade, le nouveau comportement est pleinement intégré dans la vie de la personne.
Les anciennes habitudes ne dominent plus.
Le changement devient une seconde nature.
Par exemple :
-
l’abstinence ne demande plus un effort constant
-
les stratégies de régulation émotionnelle sont automatisées
-
la personne ne se sent plus prisonnière de son ancien comportement
Le cycle du changement se termine alors par une forme de liberté psychologique retrouvée.
Exercice pratique :
ÉTAPE 1 : Identifiez un aspect à changer
Prenez quelques instants pour réfléchir sur un aspect de votre vie que vous aimeriez changer. Cela pourrait être un comportement, une habitude, une attitude ou tout autre aspect qui vous semble important d’améliorer. Prenez le temps de bien cerner cet aspect afin de déterminer vos motivations pour le changer.
ÉTAPE 2 : Explorer votre position dans le processus de changement
Utilisez la Roue du Changement de Prochaska et DiClemente (cf, image plus haut) pour évaluer où vous vous situez actuellement dans le processus de changement par rapport à cet aspect de votre vie. Êtes-vous au stade de la précontemplation, de la contemplation, de la préparation, de l’action, du maintien ou de la terminaison ? Prenez le temps de considérer honnêtement votre position actuelle pour mieux comprendre les défis et les opportunités à venir.
ÉTAPE 3 : Identifier des étapes concrètes de changement
Une fois que vous avez identifié votre position dans la Roue du Changement, il est temps de définir des étapes concrètes pour progresser vers le stade suivant. Quelles actions spécifiques pouvez-vous entreprendre pour avancer dans votre processus de changement ? Pensez à des étapes réalistes et réalisables, adaptées à votre situation personnelle.
ÉTAPE 4 : Créez un plan d’action
Mettez par écrit votre plan d’action en détaillant chaque étape que vous avez identifiée. Définissez des objectifs clairs et mesurables, ainsi que des délais pour chaque étape. Cela vous permettra de suivre vos progrès et de rester motivé(e) tout au long du processus.
ÉTAPE 5 : Engagez-vous envers vous-même
L’engagement envers vous-même est essentiel pour mener à bien votre plan d’action. Prenez l’engagement personnel de vous investir pleinement dans le processus de changement et de persévérer même lorsque les défis se présentent. Soyez bienveillant envers vous-même et célébrez chaque étape franchie.
Ce qu’il faut retenir sur la rechute
le changement durable est un processus progressif.
Il implique souvent :
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des avancées
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des hésitations
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des ajustements
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parfois des rechutes
Mais chaque cycle peut rapprocher l’individu de son objectif.
Comme l’écrivait George Bernard Shaw :
« Tout changement comporte une croissance. »
Ce qui se répète mérite parfois d’être écouté autrement.
Nous pourrons y revenir, si nécessaire.
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