Résistance au changement dans l’anxiété
« Ça ne marche pas sur moi. Je suis anxieuse de nature, c’est comme ça. »
Quand une personne dit cela, le sujet n’est pas toujours seulement l’intensité de son anxiété. Parfois, le vrai nœud se situe ailleurs : dans la place que l’anxiété a prise dans sa manière de se protéger, de fonctionner… et parfois même de se définir. Dans le trouble anxieux généralisé (TAG), les inquiétudes répétées, difficiles à stopper, portant sur de nombreux domaines de vie, s’accompagnent souvent d’une souffrance réelle et d’un retentissement sur le fonctionnement quotidien.
La résistance au changement dans l’anxiété n’est pas forcément un manque de volonté. Chez certaines personnes, elle reflète des croyances sur l’utilité de l’inquiétude, une forte intolérance à l’incertitude, un évitement émotionnel, ou encore le fait que l’anxiété soit devenue un repère psychique ancien.
Qu’est-ce qu’une résistance au changement dans l’anxiété ?
En psychothérapie, la résistance ne signifie pas « ne pas vouloir aller mieux ».
Elle est souvent plus subtile, plus nuancée… et surtout profondément humaine.
Elle peut se manifester de différentes façons :
remettre une séance à plus tard, oublier de faire les exercices, avoir l’impression que « les outils ne fonctionnent pas », tourner en rond, ou encore douter qu’un changement soit réellement possible.
La résistance n’est pas un obstacle à éliminer.
C’est souvent un message à entendre.
Elle traduit un conflit intérieur :
une partie de vous souffre de l’anxiété…
tandis qu’une autre partie continue de croire qu’elle est utile, voire nécessaire.
C’est ce que décrit notamment la thérapie métacognitive :
l’inquiétude peut être perçue comme une stratégie pour anticiper, se préparer, éviter le pire…
tout en étant, en même temps, vécue comme envahissante, incontrôlable, et épuisante.
Autrement dit, il ne s’agit pas simplement de « lâcher » l’anxiété.
Il s’agit de comprendre ce qu’elle fait pour vous, avant de pouvoir s’en libérer autrement.
Dans ce cadre, la résistance devient un point d’appui thérapeutique :
elle nous indique là où le changement fait peur, là où il touche à des équilibres profonds, parfois anciens.
Pourquoi certaines personnes résistent-elles à l’idée d’aller mieux ?
1. Parce que l’anxiété est devenue une stratégie de protection
De nombreux patients anxieux ne vivent pas seulement leur inquiétude comme un symptôme. Ils la vivent aussi comme un système d’alerte. Dans plusieurs modèles du trouble anxieux généralisé, l’inquiétude est décrite comme une stratégie de coping : elle donne l’impression de préparer, de prévenir, d’anticiper. C’est précisément ce qui rend le changement difficile : si l’anxiété semble protéger, y renoncer peut être ressenti comme une mise en danger.
C’est pour cela qu’une personne peut dire : « si je m’inquiète moins, je vais devenir imprudente », « je vais baisser la garde », ou « je vais rater quelque chose d’important ». Ce raisonnement n’est pas dénué de sens du point de vue du patient : il correspond à une logique interne ancienne et cohérente pour lui.
2. Parce que l’inconnu fait plus peur que la souffrance connue
L’anxiété est étroitement lié à l’intolérance à l’incertitude. Plus l’incertitude est difficile à tolérer, plus l’esprit cherche à combler le vide par l’anticipation, la vérification, la rumination ou la recherche de contrôle. Dans ce contexte, aller mieux n’est pas toujours vécu comme un soulagement immédiat : cela peut aussi signifier renoncer à des rituels mentaux qui donnaient l’illusion de tenir le réel à distance.
il est utile de comprendre qu’une partie de la résistance n’est pas un « caractère difficile », mais une difficulté très spécifique à laisser exister l’inconnu sans s’y défendre immédiatement.
3. Parce que l’inquiétude évite parfois une émotion encore plus douloureuse
L’inquiétude n’est pas vue seulement comme une pensée excessive. Elle peut aussi servir à éviter un choc émotionnel plus brutal. En effet, certaines personnes préfèrent rester dans un état d’alerte négatif continu plutôt que de risquer un basculement émotionnel soudain face à un événement pénible. En d’autres termes, l’esprit maintient une tension de fond pour éviter d’être surpris par une douleur plus vive.
C’est une idée importante sur le plan thérapeutique : derrière l’inquiétude, il n’y a pas seulement de la peur, il peut aussi y avoir une tentative de ne pas sentir autre chose trop fort, trop vite, trop brutalement. Là encore, la résistance prend alors le visage d’une protection, pas d’un caprice.
4. Parce que l’anxiété peut finir par se confondre avec l’identité
Quand l’anxiété est présente depuis des années, certaines personnes cessent peu à peu de la voir comme un état pour la vivre comme un trait fixe : « je suis comme ça », « je suis anxieuse de nature ». Les approches d’acceptation décrivent chez certains patients une relation réactive et fusionnée à l’expérience interne : les pensées, les sensations et l’alerte deviennent si centrales qu’il devient difficile de se percevoir en dehors d’elles.
C’est souvent à cet endroit que la résistance devient particulièrement sensible. Aller mieux n’évoque plus seulement une baisse des symptômes. Cela peut être vécu, plus profondément, comme la perte d’un repère ancien : « si je ne fonctionne plus comme ça, qui suis-je ? » Cette dimension identitaire n’est pas toujours consciente, mais elle est cliniquement fréquente.
5. Parce que l’histoire du symptôme compte
Une résistance ne se comprend jamais hors contexte. Les recommandations cliniques insistent sur la nécessité d’évaluer non seulement les symptômes, mais aussi le niveau de détresse, le retentissement fonctionnel, les comorbidités, l’histoire de santé mentale, les expériences passées de traitement et les facteurs ayant influencé le développement du trouble. Une personne qui a grandi dans un environnement imprévisible, traumatique, très exigeant ou émotionnellement instable peut avoir appris très tôt que l’hypervigilance était nécessaire.
Autrement dit, avant de parler de « résistance », il faut souvent se demander : depuis quand cette logique protectrice est-elle là ? À quoi a-t-elle servi ? De quoi a-t-elle permis de survivre, de s’adapter ou de tenir ?
Les “bénéfices secondaires”
Le terme peut être mal compris. Il ne signifie pas que la personne « veut » rester mal. Il invite simplement à examiner ce que l’anxiété permet parfois d’éviter ou de maintenir : remettre une décision à plus tard, ne pas prendre un risque, garder l’illusion d’être préparé, éviter une déception, continuer à chercher du contrôle.
C’est pourquoi certaines questions sont thérapeutiquement précieuses :
« Si demain cette anxiété diminuait, qu’est-ce qui vous inquiéterait dans ce changement ? »
« Qu’est-ce que votre cerveau essaie peut-être de protéger en restant aussi en alerte ? »
Ces questions ne forcent pas le patient. Elles l’aident à penser ce que le symptôme faisait silencieusement pour lui.
FAQ
Parce que souffrir et résister ne s’opposent pas forcément. Dans le TAG, une partie de l’esprit peut souffrir de l’inquiétude, tandis qu’une autre continue à croire qu’elle est utile pour anticiper, éviter le pire ou garder le contrôle.
Non. Cela peut vouloir dire que votre système nerveux et votre psychisme associent encore le changement à un risque, à une perte de protection ou à trop d’inconnu.
Oui. Les psychothérapies ont montré une efficacité dans le TAG, en particulier la TCC, et d’autres approches peuvent être utiles selon le profil de la personne, notamment quand l’intolérance à l’incertitude, l’ambivalence ou les croyances sur l’inquiétude sont très marquées.